Un archéologue participe à Wiki Loves Monuments

  • Publication : dimanche 6 décembre 2020 13:45
  • Écrit par Jean-Olivier Gransard-Desmond
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Découvrez pourquoi l’archéologue bénévole Jacques Dassié a participé à l'édition 2017 de Wiki Loves Monuments, le plus grand concours photographique au monde, et comment ce concours ainsi que la plateforme qui le porte représentent un soutien fondamental à la recherche archéologique à travers le monde.

Comment un concours photographique participe-t-il à la recherche archéologique ?


Wiki Loves Monuments, littéralement « Wiki aime les monuments », est un concours photographique international. Soutenu par la Wikimedia Foundation, il se déroule chaque année en septembre. Son objectif ? Mettre en valeur le patrimoine culturel de tous les pays du monde.Stand Wiki Loves Monuments France aux Journées européennes du patrimoine à l’UNESCO le 15 septembre 2019 / CC BY-SA 4.0 Sarah Krichen WMFr, 2019 sur Wikimedia Commons

Depuis sa création, en 2010 au Pays-Bas, l’événement encourage tout un chacun à prendre des photographies des monuments historiques et des lieux patrimoniaux de leur région ou d’ailleurs afin de les téléverser sur la médiathèque Wikimedia Commons. Chacun peut concourir dans le pays de son choix pour présenter les photographies correspondant au pays concerné.Logo Wiki Loves Monuments

D'après le Livre Guinness des records, l'édition 2012 de Wiki Loves Monuments a battu le record mondial du plus grand concours photographique avec 34 pays participants pour un téléversement de 353 768 images entre le 1er septembre et le 15 octobre de cette année-là. En 2017, Jacques Dassié a eu le plaisir de participer à ce concours.

Jacques Dassié, pourriez-vous vous présenter à nos amis internautes ?

Jacques Dassié préparant une prospection aérienne à PonsJacques Dassié (JD) : Ingénieur électronicien, j’ai obtenu mon brevet de pilote en 1949. J’ai été amené à m’intéresser à l’archéologie en 1962 grâce à mon autre passion, la photographie. À cette époque, je me promenais en avion en prenant des photographies du paysage et notamment du sol. Surpris par l’apparition de formes géométriques insolites sur mes photos, j’ai voulu en savoir plus. C’est ainsi que je me suis spécialisé dans l’archéologie aérienne du Poitou-Charentes. Mon travail ayant intéressé des archéologues professionnels, j’ai été amené à présenter un doctorat et à poursuivre mes travaux en bonne entente avec les autorités françaises en charge du patrimoine culturel, faisant de moi un archéologue bénévole spécialiste de l’archéologie aérienne. À la fin de ma « carrière », j’ai totalisé plus de deux mille découvertes d’occupations humaines.

C’est quoi l’archéologie aérienne ?

Découverte par prospection aérienne des vestiges de la ville portuaire gallo-romaine de Novioregum. À gauche se trouve la Grande Avenue qui était bordée de boutiques. Au centre, les horrea, entrepôts d'état, impliquent des stockages de marchandises, prélude à un transbordement vers la zone portuaire et l'embarquement sur les navires de cabotage côtier / CC BY-SA 3.0 Jacques Dassié, 1975 sur Wikimedia Commons.JD : L'archéologie aérienne est une méthode de recherche archéologique extensive non destructive. Sous le contrôle des Services Régionaux de l'Archéologie (SRA) qui délivrent les autorisations de prospection, elle consiste à prendre des photographies depuis le ciel afin de mettre en évidence les indices d’anciennes occupations humaines généralement invisibles au sol. Il faut des conditions météorologiques, climatiques et agronomiques bien particulières pour que la visibilité des indices ait lieu. Les altitudes sont donc très variables et adaptées à la taille du sujet détecté. Les traces ainsi relevées doivent ensuite être étudiées, interprétées et publiées afin de contribuer à une meilleure compréhension de notre connaissance des différentes civilisations humaines à travers le temps.

En 2017, vous avez participé au concours Wiki Loves Monuments. Quel était votre intérêt ?

JD : Aucun intérêt personnel et le fait de gagner ou non le concours n’était pas mon objectif. En revanche, j'y voyais une opportunité sérieuse de montrer nos monuments charentais et une façon élégante de leur faire un peu de publicité. J'aime beaucoup cette région.

Quelles photos avez-vous sélectionnées pour ce concours ? Sur quels critères les avez-vous choisies ?

JD : Pour moi, Wiki Loves Monuments est un magnifique concours de photographie, c’est pourquoi j’ai téléversé une bonne centaine d’images (NDLR : 107 images). Cependant, je ne les ai pas faites spécialement pour le concours. J’ai sélectionné dans ma photothèque les photos que je trouvais de qualité convenable pour illustrer les principaux monuments de la Charente-Maritime. Encore une fois, ma volonté était d'offrir cette vision aérienne du département.

Photographie du Fort Boyard (Charente-Maritime) classé aux Monuments historiques le 1er février juin 1950 téléversée à l’occasion de l’édition 2017 de Wiki Loves Monuments / CC BY-SA 4.0 Jacques Dassié sur Wikimedia Commons. Photographie de l’amphithéâtre gallo-romain de Saintes (Charente-Maritime) classé aux Monuments historiques en 1840 téléversée à l’occasion de l’édition 2017 de Wiki Loves Monuments / CC BY-SA 4.0 Jacques Dassié sur Wikimedia Commons. Photographie du Fort Louvois (Charente-Maritime) classé aux Monuments historiques le 14 juin 1929 téléversée à l’occasion de l’édition 2017 de Wiki Loves Monuments / CC BY-SA 4.0 Jacques Dassié sur Wikimedia Commons.

Trouvez-vous l’outil Wikimedia Commons pratique ?

Logo officiel du projet Wikimedia Commons de la Wikimedia Foundation / CC BY-SA 3.0 Wikimedia Foundation sur Wikimedia Commons.JD : En dehors du concours, la plateforme Wikimedia Commons est très pratique. Elle permet de partager une grande quantité de documents. Par exemple, sur mon site www.archeo.com, je ne peux partager qu'une dizaine de photos pour une rubrique définie alors que sur Wikimedia Commons je peux diffuser toutes les photos d’un monument. Et puis, voir les photos publiées et bien classées, c’est un plus énorme.

Qui vous demande des photographies ?

JD : Le plus souvent, ce sont des étudiants en préparation de thèse du monde entier. J’ai des échanges avec des étudiants en archéologie de Pologne, d’Allemagne, des États-Unis, de Roumanie et de bien d’autres pays.

Pensez-vous que l’outil Wikimedia commons peut être utile à l’archéologie ?

Copie d’écran de la catégorie « Photographies aériennes de Jacques Dassié » qui permet de partager les photos de l’auteur avec le reste du monde dont la communauté scientifique / CC BY-SA 4.0 Jacques Dassié, 2020 sur Wikimedia Commons.JD : Oui, c’est un outil très utile. Il permet d’accéder à des images d’archéologie aérienne sans avoir à se déplacer aux archives départementales ou aux services archéologiques spécialisés. Cela permet également une identification chronologique des sites beaucoup plus aisée.

En plus d’économiser du temps et de l’argent, les images sont transnationales. À la différence du texte, les images sont lisibles aussi bien par un archéologue américain, italien, allemand, etc. que par un archéologue français. Wikimedia Commons permet donc de mettre à disposition des données scientifiques utilisables par le monde entier.

Point important, les photos sont exploitables librement. En effet, vous ne pouvez téléverser des images que sous condition d’accepter une licence creative commons de type Attribution - Partage dans les mêmes conditions. Cela signifie que toute personne qui le souhaite peut utiliser ces images, que ce soit à des fins commerciales ou non, sous condition de citer l’auteur. Or, utiliser une image pour une publication scientifique, quoi qu’on en dise, est un usage commercial même si cette publication ne rapporte rien à son ou ses auteurs. De ce point de vue, la libre utilisation des images de Wikimedia Commons représente une formidable banque de ressources scientifiques gratuites.

D’après vous, comment un archéologue peut-il se servir de Wikimedia Commons pour ses recherches ?

Copie d’écran de la catégorie « Archaeology in France » qui intéressera autant les étudiants en archéologie que les professionnels et les non professionnels de l’archéologie, la catégorie contenant des images d’artefacts, de fouilles, de lieux patrimoniaux, etc. / CC BY-SA Wikimedia Foundation, 2020  sur Wikimedia Commons.JD : L’avantage de Wikimedia Commons, c’est que vous pouvez trouver de nombreuses images organisées par catégories. Ainsi, à partir d’une seule photo, vous avez de nombreuses possibilités.

Par exemple, à partir d'une photo mise en ligne, vous pouvez remonter jusqu'à l'auteur, le contacter et obtenir ainsi des informations complémentaires. Il dispose souvent de photographies différentes de celles mises en ligne. Ainsi, vous pouvez remonter jusqu’à moi grâce aux photos que j’ai mises en ligne lors du concours ce qui était obligatoire et me contacter via ma page utilisateur Wikimedia Commons.

Reprenons l’exemple précédent et suivons une autre voie. À partir de la photo, vous pouvez également utiliser les catégories en bas de la page. Cela vous permettra, soit de remonter jusqu’à la catégorie principale qui concerne mes téléversements, soit à la catégorie qui concerne l’archéologie aérienne en générale. Ainsi, une seule photographie permet de trouver bien d’autres images du même sujet, mais vu sous des angles différents.

Comptez-vous mettre toutes vos images sur Wikimedia Commons ?

Copie d’écran de la catégorie « Jacques Dassié » présentant un début de travail sur sa photothèque avec l’aide d’ArkéoTopia / CC BY-SA Jacques Dassié, 2020  sur Wikimedia Commons.JD : Pour le concours, j’ai partagé les meilleures photos dont je disposais. Je ne compte donc pas y participer à nouveau. En revanche, la publication du reste de ma photothèque intéressera certainement des spécialistes. Grâce à ma participation au concours de 2017 qui a permis cet entretien, vous, ArkéoTopia, et moi, avons commencé à poursuivre la mise en ligne de ma photothèque durant ce mois d’octobre 2020 en complément de mon site Internet personnel. Je compte profiter de cette opportunité pour mettre à disposition le plus de photos utiles à la recherche archéologique.

Entretien réalisé par Justine Janpaule d’ArkéoTopia en avril 2020 avec le concours de l’archéologue Jean-Olivier Gransard-Desmond pour la rédaction.

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