Trésors coupables du pillage archéologique

  • Mis à jour : mercredi 14 février 2024 15:31
  • Publication : jeudi 16 novembre 2023 16:57
  • Écrit par Viktoria Christoforides
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Le musée d’Histoire de Marseille a présenté en 2023 une exposition dénonçant les pillages archéologiques en France et dans le bassin méditerranéen. L’occasion de revenir sur un mal qui ronge notre patrimoine culturel.

Trésors coupables, une exposition
qui montre les ravages du pillage

Affiche de l’exposition Trésors coupables - Pillages archéologiquesAprès une série d’expositions, notamment au musée du Louvre et au musée d’Archéologie nationale, ce fut au tour du musée d’Histoire de Marseille de sensibiliser le grand public au sujet du pillage archéologique.
L’exposition Trésors coupables - Pillages archéologiques en France et dans le bassin méditerranéen, conçue en partenariat avec le DRASSM, le département des Monnaies, médailles et antiques de la BnF et l’Inrap, était placée sous le patronage de l’Unesco. Reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture, elle a bénéficié de la coopération exceptionnelle des services de douanes, de la Gendarmerie et de la Police nationale par le prêt de nombreux biens culturels saisis dans le cadre de leur activité.
Cette exposition nous donne l'occasion de dénoncer plus amplement les pillages archéologiques responsables de la destruction insidieuse de notre Histoire.

Objets archéologiques saisis par les douanes Fouille saccagée Dépôt de bronzes de Saint-Priest

L'exposition révèle l’ampleur du phénomène du pillage qui ne se réduit pas au trafic organisé international. Le ramassage anodin d'objets, tout comme la détection de loisir, y contribuent. En enfreignant le Code du patrimoine, qui interdit les fouilles et l’utilisation d'outils de détection sans autorisation officielle, les pilleurs, qu’ils soient naïfs ou mal intentionnés, s’emparent de plusieurs millions de biens culturels chaque année, de la préhistoire à l’époque contemporaine.
L’exposition met l’accent sur le caractère irréversible des dégâts infligés au patrimoine commun, à la recherche scientifique et par conséquent à notre connaissance des sociétés du passé.

Il est ainsi intéressant, comme l’a montré l’exposition, de croiser les pratiques des pilleurs avec celles des scientifiques et d’en démonter les contrastes autant dans la qualité de l’action que dans ses résultats.
Le pillage organisé est parfaitement planifié. Il va du repérage des sites jusqu’à la diffusion des objets au sein de cercles de collectionneurs. Souvent, ces cercles sont considérés comme uniquement constitués de milliardaires. E-bay, Le Bon Coin et certainement d’autres plateformes contribuent malheureusement à la diffusion de ces objets pillés auprès de bourses plus petites mais bien plus nombreuses. L’association Halte au pillage du patrimoine archéologique et historique (HAPPAH) l’a déjà démontré en 2014 dans un article intitulé « un nouveau scandale - EBAY France, victime du pillage archéologique ? ».

Du point de vue scientifique, l’exposition a bien montré également les dommages causés par l’excavation, acte qui détruit les contextes stratigraphiques et planimétriques, essentiels pour analyser les vestiges archéologiques dans une perspective historique, culturelle et fonctionnelle. Impossible de comprendre parfaitement ces témoignages du passé sans leur contexte, à commencer par l’établissement de leur datation.

Toutes ces pratiques condamnables sont parfaitement illustrées avec les trésors monétaires, pièces de choix pour les pilleurs. Quant au marché des « antiquités de sang », objets d’un trafic criminel international, le troisième après ceux de la drogue et des armes, il parle de lui-même dans ce phénomène destructeur.

Pour illustrer ces dégâts irréversibles emblématiques infligés par les pilleurs à l'archéologie, prenons l’exemple du saccage des dépôts métalliques non funéraires de l’âge du Bronze (2200-800 av. J.-C.). En raison de l’intrusion constante des détectoristes, non seulement le contexte archéologique est perdu, mais le nombre de sites diminue rapidement rendant la compréhension des vestiges restants de plus en plus complexe à appréhender. Comme toute discipline scientifique, l’archéologie nécessite de pouvoir travailler sur des séries. Si de trop nombreuses occupations humaines disparaissent sous les coups de pioche des pilleurs, les archéologues seront bien en peine d’avoir les moyens de comparer et de comprendre celles qui resteront.

En effet, lorsqu’un dépôt de bronzes est fouillé de manière méthodique et fine, les archéologues sont capables de répondre à un grand nombre de questions qui nous renseignent sur la vie des sociétés dont nous sommes issus. Ainsi, ils peuvent déterminer si les objets ont été déposés ensemble ou successivement et dans quel ordre, s'ils étaient contenus dans un récipient en matière périssable ou s'ils constituent des panoplies en fonction d'un genre ou d'une activité.

Après un pillage, en supposant que les objets parviennent jusqu’à nous, toute cette information est perdue. Ce qui reste est un objet orphelin, une vaisselle en bronze par exemple, qui a été découverte sous un arbre avec d’autres objets en bronze peu dignes d’intérêt… Voilà la réalité du pillage ! Ce n’est pas un jeu, ni un loisir. C’est une destruction définitive et irréparable d’objets, de structures, d’indices et de savoir-faire, au détriment des générations futures.

À ce titre, l’exposition et ce qu’elle laisse derrière elle, à savoir plusieurs vidéos et des articles, représentent un témoignage éclairant des problématiques que soulèvent le pillage archéologique.

Source

Trésors coupables - Pillages archéologiques en France et dans le bassin méditerranéen
Commissaires de l'exposition : Xavier Delestre (commissaire général), David Lavergne (commissaire associé) et Xavier Corré (commissaire associé)
www.musee-histoire-marseille-voie-historique.fr - Galerie Instagram - Page Facebook - Chaîne YouTube

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